Le corps comme maison

Sur le tapas, la gestion de soi, et la question de savoir qui habite ici

Une maison qu'on peut laisser à l'abandon

Ces derniers temps, je pense de plus en plus au corps comme à une maison qui m'a été confiée pour un temps.

Une maison, on peut la laisser à l'abandon. On peut ne pas faire le ménage pendant des années, entasser les déchets dans les coins, ne rien réparer, et s'habituer peu à peu au désordre ambiant. On peut même boire chaque soir pour que ce désordre dérange un peu moins.

On peut traiter son propre corps de la même façon.

Trop manger, boire, fumer, bouger à peine, se gâter et se relâcher sans cesse. À un moment donné, on s'habitue tellement à cet état qu'on cesse même de remarquer à quel point on se sent mal à l'aise dans sa propre maison.

Remettre de l'ordre

Mais il s'avère qu'on peut commencer à la remettre en ordre.

Pas besoin d'un grand exploit spirituel. Manger moins. Ne pas se resservir simplement parce qu'il reste de la nourriture dans l'assiette. Ne pas boire. Surveiller sa forme physique. S'habiller correctement. Prendre soin de soi. Faire attention à ce qu'on dit et à la façon dont on le dit. Lire, apprendre à formuler ses pensées clairement.

Et peu à peu, vivre dans cette maison devient plus agréable.

Le tapas

J'aime que la philosophie indienne ait un concept proche de celui-ci — le tapas. On le traduit souvent par ascèse, mais je le comprends plutôt comme une discipline volontaire. Ce n'est ni une guerre contre son propre corps, ni un renoncement au plaisir pour le plaisir de renoncer.

C'est plutôt la capacité à ne pas céder automatiquement à chacun de ses désirs.

Avoir envie de boire ne veut pas dire qu'il faut boire. Avoir envie de manger encore ne veut pas dire qu'il faut manger. Ne pas avoir envie de s'entraîner ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'entraîner.

Un espace s'ouvre alors entre le désir et l'action, et c'est dans cet espace que la décision redevient tienne.

Contrôler et gérer

C'est là, je crois, que passe une frontière importante — entre contrôler et gérer. Je ne peux pas contrôler ma propre vie. Je ne peux pas interdire à mon corps de vieillir, me garantir la santé, ni déterminer tout ce qui arrivera demain.

Mais je peux gérer ma vie.

Tout comme le propriétaire d'une maison ne peut pas arrêter la pluie, l'hiver ou le passage du temps, mais peut réparer le toit, ranger les pièces et garder la maison au chaud.

La discipline comme nouvelle dépendance

En même temps, l'ascèse se transforme facilement, elle aussi, en une nouvelle forme de dépendance. On peut être esclave du plaisir, puis devenir esclave de la discipline. Se détester pour un kilo en trop, s'interdire tout ce qui fait plaisir, et transformer le soin du corps en punition.

L'idée d'entretien me parle beaucoup plus.

Un bon propriétaire ne vénère pas sa maison et ne lui fait pas la guerre non plus. Il se contente de la tenir en ordre.

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Le respect, pas la vanité

Dès lors, une bonne forme physique, le soin de soi, une tête claire, des vêtements convenables, l'éloquence, l'instruction et l'absence de dépendances cessent d'être de simples questions de vanité. Cela devient une forme de respect pour le lieu où il t'a été donné de vivre cette vie.

Qui est le propriétaire de la maison ?

Et puis une question se pose, à laquelle je n'ai pas encore de réponse.

Si le corps est ma maison, qui en est donc le propriétaire ?

Nous savons qu'un jour il faudra quitter cette maison. Mais nous ne savons absolument pas s'il existe quelqu'un capable d'exister sans elle.

Le Vedanta dit que oui. Le bouddhisme, lui, met en doute jusqu'à l'existence d'un propriétaire séparé et permanent. Le matérialisme dirait que le propriétaire naît de la maison elle-même et disparaît avec elle.

Je ne sais pas encore laquelle de ces réponses est la bonne.

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Ce qui reste

Mais pour tenir ma maison en ordre, je n'ai pas besoin de le savoir.

Une pensée plus simple me suffit :

je ne sais pas qui je suis au-delà de cette maison. Mais tant que cette demeure m'est confiée, je veux la tenir dignement.

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